Définition
La dépression est une maladie
La dépression n'est pas seulement une forme de tristesse, mais une authentique maladie reconnue comme telle par les médecins et les chercheurs du monde entier. En fait, on ne devrait pas parler de « dépression », mais de « maladies dépressives », tant il y a de variétés possibles de dépressions.1
La dépression représente une souffrance et une gêne considérable
La dépression ne doit pas être confondue avec « un coup de déprime ».
Pour la personne souffrant de dépression, la vie quotidienne et ses contraintes deviennent extrêmement difficiles, fatigantes, démoralisantes. Le patient a des difficultés à continuer ses activités habituelles.
Plusieurs types de dépression
Les principaux types de maladies dépressives utilisées par les médecins sont les suivantes :
Selon le nombre et l'intensité des signes dépressifs2, 4
- L'épisode dépressif majeur
Pour diagnostiquer une dépression, le médecin va vous poser des questions pour savoir si vous présentez des signes de dépression. Il va essayer d'évaluer l'intensité de ces signes et leur retentissement dans votre vie de tous les jours. Quand ces signes atteignent un certain seuil d'intensité, le médecin va parler « d'épisode dépressif majeur ». Le mot majeur ne signifie pas que la dépression est particulièrement grave mais que l'épisode dépressif est « caractérisé », c'est-à-dire qu'il correspond aux critères de dépression actuellement reconnus sur le plan international.
Selon le nombre de signes de dépression et leur retentissement dans votre vie de tous les jours, on parle d'épisodes dépressifs majeurs légers, modérés ou sévères. - La dysthymie
Dans certains cas, les symptômes dépressifs sont quasiment quotidiens (plus d'un jour sur deux) et durent depuis fort longtemps (plus de deux ans) mais ils ne remplissent pas les critères d'une dépression « caractérisée » car ils sont en nombre insuffisant et/ou pas assez intenses, on parle alors de trouble dysthymique. La dysthymie correspond en quelque sorte à une « humeur dépressive » chronique avec des symptômes modérés de dépression.
Selon l'évolution2, 4
- Un seul épisode de dépression
Un épisode dépressif majeur peut être isolé et ne jamais se reproduire.
- Le trouble dépressif récurrent
Mais l'évolution peut aussi être marquée par la répétition des accès dépressifs tout au long de l'existence, souvent sans cause évidente séparés par des intervalles libres des symptômes, on parle alors de trouble dépressif unipolaire (qui comprend un seul pôle : la dépression). L'existence chez un même patient d'au moins une récidive dépressive définit le trouble dépressif unipolaire récurrent(CIM 10)
- Le trouble dépressif bipolaire
Dans certains cas, les accès dépressifs alternent avec des « accès maniaques », qui n'ont rien à voir avec les petites manies de la vie quotidienne. Durant ces « accès maniaques », la personne est très excitée et euphorique, de manière excessive (c'est une sorte de dépression inversée), on parle alors de trouble dépressif bipolaire, anciennement appelé psychose maniaco-dépressive (voir aussi les troubles bipolaires).
Selon l'âge de la vie2, 4
La dépression des enfants, des adolescents et des sujets âgés présentent des caractéristiques particulières.
La dépression du post-partum survient dans le mois qui suit l'accouchement. Elle touche 12 à 15 % des femmes. Cette dépression est à différencier du baby-blues, « mal être » fréquent et passager s'amendant rapidement si la mère est rassurée et soutenue. La dépression du post-partum en revanche, est un épisode dépressif à part entière. Elle est très importante à traiter car les interactions entre la mère et son bébé ont un fort retentissement sur le bien-être et le développement de l'enfant. La psychothérapie semble aussi efficace que le traitement antidépresseur dans ce cas.
Epidémiologie
La dépression concerne beaucoup de monde
Lorsque l'on est déprimé, on se sent souvent honteux et isolé. Or, la dépression est une maladie extrêmement fréquente, 121 millions de personnes dans le monde. Ce qui permet aux médecins de bien la connaître. Et donc, de mieux la soigner. On estime que deux personnes sur dix environ seront touchées par la dépression1 dans leur vie. Chaque année deux à trois millions de personnes souffrent de dépression en France. La dépression est ainsi considérée par l'OMS comme une priorité de santé publique et devrait passer en 2020 au 2e rang des maladies les plus handicapantes5.
Les femmes sont plus touchées que les hommes
Toutes les études confirment que les femmes sont deux fois plus souvent concernées par la dépression que les hommes4, 5. Cette différence disparaît après 55 ans. Les raisons exactes de ce phénomène sont encore mal connues : influences hormonales, facteurs sociaux ou plus grande vulnérabilité ?
La dépression des enfants et des adolescents 2, 3, 4, 5
Les enfants peuvent souffrir de dépression bien que cela soit rare (0,5%). La dépression à l'adolescence est en revanche plus fréquente (prévalence ponctuelles très variable: de 1,2% à 9%) et touche plus souvent les filles.
Il ne faut pas hésiter à demander l'avis d'un spécialiste car les signes sont très variables
Les signes de dépression chez l'enfant et l'adolescent diffèrent de ceux des adultes et se manifestent plus par des gestes qu'avec des mots. L'irritabilité peut remplacer l'humeur dépressive. De plus, les signes sont très variables d'un enfant à l'autre.
La dépression - notamment chez l'enfant- est une maladie grave. Elle peut se manifester par des modifications du comportement (retrait, agitation) aussi bien à la maison qu'à l'école. L'enfant peut refuser d'aller à l'école ou faire croire qu'il est malade ou encore rester « agrippé » à ses parents.
Chez l'adolescent, un décrochage scolaire brutal, des actes agressifs ou d'opposition permanente peuvent révéler une dépression mais peuvent aussi être en rapport avec les étapes normales du développement psychologique, et notamment avec la « crise d'adolescence ». Le diagnostic de dépression chez les sujets jeunes est ainsi très difficile et relève du spécialiste. La psychothérapie est le traitement de première intention de la dépression chez l'enfant et l'adolescent.
La dépression des sujets âgés4, 2
Il n'y a pas d'âge pour être déprimé et une dépression peut aussi survenir pour la première fois après 65 ans et même après 70 ou 80 ans... La prévalence des épisodes dépressifs majeurs dans cette tranche d'âge est de 1,1%. La solitude, l'isolement, la perte d'un proche, le veuvage ainsi que des maladies associées favorisent la survenue d'une dépression chez le senior.
La dépression passe souvent inaperçue chez les personnes âgées en grande partie en raison de la banalisation des symptômes dépressifs que l'on attribue de manière erronée à la vieillesse : « c'est normal de déprimer quand on est vieux ». Ce qui est faux.
La dépression du sujet âgé peut se révéler par les mêmes signes que chez l'adulte plus jeune mais elle peut aussi se manifester par des signes très variés et moins évidents comme des plaintes douloureuses, des pertes de mémoire ou une certaine confusion.
Symptômes 1, 2, 4, 7
La dépression se manifeste par un changement du comportement habituel et une multitude de signes variant selon la personne et les moments. Voici quelques-uns des signes de la dépression les plus fréquemment retrouvés.
Signes psychologiques
- « Humeur dépressive » : pessimisme et vision négative de l'existence, de soi-même, de l'avenir. Idées noires et pensées de mort (idées suicidaires, plans ou tentatives de suicide);
- L'anxiété est quasiment constante et d'intensité variable;
- Sentiment de dévalorisation ou de culpabilité excessive ou inadaptée.
Signes physiques
- Fatigue permanente;
- Problèmes de sommeil (insomnie ou au contraire hypersomnie);
- Modifications de l'appétit avec retentissement sur le poids (perte ou gain de poids);
- Douleurs corporelles (mal de tête, douleurs dans la poitrine, douleurs musculaires...).
Signes émotionnels
- Absence d'envie et de plaisir (anhédonie). Incapacité à s'intéresser ou à prendre du plaisir comme d'habitude;
- Emotions tristes permanentes ou très fréquentes.
Signes comportementaux
- Difficultés à agir (problèmes pour démarrer une activité ou pour persévérer) et à penser (problèmes de concentration et de mémoire, indécision);
- Difficultés à communiquer : besoin de solitude, fatigue à parler et à expliquer, sentiment d'être incompris.
Mais votre médecin ne posera pas le diagnostic d'une dépression uniquement devant la présence de certains de ces symptômes. Il faut que plusieurs d'entre eux soient présents simultanément, qu'ils présentent un changement par rapport à l'état antérieur et surtout qu'ils surviennent presque tous les jours, et persistent depuis plus de deux semaines.
Et les idées suicidaires ?
Est-il normal d'avoir parfois des idées suicidaires ?
Lorsqu'on est en dépression, il arrive qu'à un moment ou à un autre, on pense au suicide. Si vous ressentez des idées suicidaires, ceci représente un phénomène fréquent, et vous n'avez pas à vous culpabiliser ou à vous en affoler. Mais le suicide (les idées suicidaires) n'est pas non plus quelque chose d'anodin, et il est important de ne jamais garder ces idées pour vous seul : parlez-en impérativement à votre médecin.
Jusqu'où cela peut-il aller ?
La plupart du temps, les idées de suicide à cause de la dépression sont vagues et passagères. Elles sont davantage liées à la lassitude de se battre pour le quotidien (« J'en ai marre de la vie ») plutôt qu'à un désir actif de mourir. Mais, si vos pensées sont très précises quant à la façon et au moment de vous donner la mort, appelez votre médecin sans attendre. Il vous aidera à faire face à ces idées. Pensez aussi à lui signaler si vous avez déjà fait des tentatives de suicide dans votre passé, même à l'adolescence.
Facteurs de risque 1, 2, 6
Qu'est-ce qui augmente le risque de dépression ?
Une cause de dépression n'est pas toujours aisée à diagnostiquer. S'il est clair qu'on parle rarement d'une cause de dépression mais plutôt de multiples origines, il est tout aussi avéré que certaines personnes sont plus exposées que d'autres à la dépression. Néanmoins, cela ne veut pas dire qu'elles feront systématiquement une dépression, mais simplement que la probabilité est plus importante: c'est ce que les médecins appellent un « facteur de risque ».
Des causes multiples
En général, la dépression ne s'explique pas par une seule raison, mais par l'addition de plusieurs causes ou "facteurs de risque". Votre médecin essaiera de les identifier avec votre aide.
Hérédité et dépression
Certaines formes de dépression sont dues en partie à une fragilité « biologique » qui se transmet à certains membres d'une famille (mais pas à tous).
Cette fragilité ne veut pas dire que ces personnes seront forcément dépressives, mais que le risque est un peu plus grand chez elles.
Ces formes de dépression sont soignées comme les autres.
Personnalité et dépression
Des traits de caractère ou de personnalité, tels que le manque de confiance en soi ou la dépendance excessive à l'égard des autres, peuvent faciliter la survenue d'une dépression. Dans ces cas-là, une psychothérapie est souvent recommandée, en plus des médicaments antidépresseurs.
Événements de vie et dépression
Le deuil d'un proche, une longue période de chômage, des soucis répétés ou importants peuvent déclencher un état dépressif.
Parfois, des événements vécus par l'entourage comme plutôt favorables (départ en retraite, accouchement) peuvent également entraîner une dépression.
Maladies physiques et dépression
Les maladies physiques, surtout quand elles sont chroniques ou pénibles, peuvent provoquer une dépression. Cela peut être le cas dans le diabète, les cancers, certaines opérations chirurgicales, une crise cardiaque, etc. Il en est de même pour les maladies psychologiques, comme certaines formes d'anxiété ou la dépendance à l'alcool.
| Facteurs de risque | Mécanismes supposés |
|---|---|
Isolement social (être veuf(ve), divorcé(e), célibataire, sans proches, sans amis...) |
Manque de soutien et de réconfort |
Accumulation d'évènements de vie stressants (deuil, séparations, chômage...) |
Usure et épuisement |
Fragilité psychologique (dépendance aux autres, manque d'estime de soi...) |
Manque d'autonomie et de résistances aux évènements négatifs |
Carences affectives dans l'enfance (décès d'un ou des deux parents, manque d'affection...) |
Fragilité face à tout difficulté ultérieure |
Hérédité ou antécédents familiaux de dépression |
Fragilité biologique |
Prise en charge
La maladie dépressive se soigne comme d'autres maladies. Mais pour guérir de votre dépression, vous aurez besoin de l'aide de votre médecin. En effet, la dépression nécessite d'être soignée et son traitement obéit à des règles très précises que votre médecin connaît.
Autrefois...
Avant les années 50, les médecins ne disposaient pas de médicaments antidépresseurs efficaces et les malades étaient livrés à eux-mêmes et à leur souffrance. Sans traitement, une dépression modérée a sévère risque de ne pas guérir, ou de récidiver rapidement.
Aujourd'hui...
Les médecins disposent de traitements efficaces et bien tolérés. Traiter la dépression n'est pas pour autant quelque chose de facile, mais les résultats obtenus sont satisfaisants pour la grande majorité des patients.
Les traitements de la dépression
Les médicaments antidépresseurs
L'aide psychologique et la psychothérapie
La psychothérapie est un traitement à part entière de la dépression. Pendant un épisode dépressif, elle permet de mieux gérer la maladie, de réduire ses symptômes et leurs conséquences, de donner du sens à ce que l'on vit et de pouvoir envisager de nouveaux projets. Ses premiers effets peuvent se faire sentir immédiatement, les changements durables interviennent au bout de quelques semaines. Après la guérison, la psychothérapie sert aussi à prévenir la réapparition des symptômes.
La psychothérapie est un traitement toujours pertinent en cas de dépression. Elle peut être utilisée seule ou en association aux antidépresseurs1.
La psychothérapie représente le premier traitement de la dépression de l'enfant et de l'adolescent. La prescription d'antidépresseurs chez l'enfant et l'adolescent dans le cadre de la maladie dépressive doit être réservée à des cas d'impasse thérapeutique, en deuxième intention lorsque la psychothérapie a échoué lors d'épisodes dépressifs majeurs. Le patient devra alors faire l'objet d'une surveillance attentive pour détecter l'apparition éventuelle de symptômes suicidaires. De plus, on ne dispose d'aucune donnée de tolérance à long terme chez l'enfant et l'adolescent concernant la croissance, la maturation et le développement cognitif et comportemental.3
Dans les dépressions d'intensité légère la psychothérapie peut être le traitement de première intention.2
Une psychothérapie peut être souhaitée par le patient lui-même, lorsqu'il veut mieux comprendre ce qui lui est arrivé, ou devenir plus sûr de lui pour mieux affronter, ou éviter une éventuelle rechute.
Adresses utiles
Un dispositif d'information pour favoriser une meilleure connaissance et améliorer la prise en charge de la dépression chez l'adulte a été mis en place par l'INPES (Institut National de Prévention et Education sur la Santé).
Pour plus d'information, consultez le site : www.info-depression.fr
France Dépression
Association Française contre la dépression et la maladie maniaco-dépressive
4 rue Vigée Lebrun
75015 PARIS
Tél. : 01 40 61 05 66
Email : france.depression@libertysurf.fr
Téléphone Ecoute Familles
Union Nationale des Amis et Familles de Malades Psychiques (UNAFAM)
12 Villa Compoint
75017 PARIS
Tél. : 01 53 06 30 43
Site internet : www.unafam.org
Email : infos@unafam.org
2. AFSSAPS. Antidépresseurs Bon usage des médicaments antidépresseurs dans le traitement des troubles dépressifs et des troubles anxieux de l'adulte. Argumentaire. Octobre 2006
3. AFSSAPS. Bon usage des antidépresseurs chez l'enfant et l'adolescent - Mise au point. Janvier 2008.
4. Olié JP, Poirier MF, Lôô H. Les maladies dépressives 2eme édition. Médecine-Science Flammarion.
5. OMS, What is depression http://www.who.int/mental_health/management/depression/definition/en
6. Lepine JP et al. Prévalence et comoribidité des troubles psychiatriques dans la population générale française : résultats de l'étude ESEMed/ MHEDEA 2000. L'encephale, 2005, 31 : 182-94
7. E.Clare Harris&Brian Barraclough, Suicide as an outcome for mental disorders.










