Définition
Le terme « schizophrénie » proposé en 1911 par le psychiatre suisse Eugène Bleuler, tire ses origines de deux racines grecques, schizo et phrénia, qui signifient respectivement « scinder » et « esprit ». Cette « scission de l'esprit »1 ou perte d'unité du psychisme se caractérise chez le patient, par une impression d'être assailli d'informations qu'il ne peut ni intégrer ni filtrer. Il en découle une impression de confusion et un retrait dans les échanges sociaux.
La schizophrénie est un trouble mental grave et chronique. Les patients schizophrènes peuvent présenter des délires, hallucinations, un repli sur soi ainsi que des symptômes de désorganisation de la pensée.
La schizophrénie peut évoluer de manière très différente d'une personne à l'autre tant dans ses manifestations que dans son développement à long terme.
Epidémiologie
La schizophrénie se déclare généralement entre 16 et 30 ans même si elle peut apparaître plus tardivement et touche environ 1% de la population mondiale, indépendamment de l'ethnie, de la culture et de la classe sociale2.
Symptômes
Les symptômes de la schizophrénie
La schizophrénie constitue une entité syndromique c'est-à-dire que pour la caractériser, il faut décrire les signes et les symptômes.
Ces symptômes qui révèlent la maladie sont de trois types :
- Les symptômes de la schizophrénie dits « positifs » :
Ils se composent de délires, s'articulant autour de différents thèmes (persécution, idées de grandeur, d'influence, et de référence) et d'hallucinations (le plus souvent auditives, mais aussi visuelles, olfactives, tactiles, et psychiques) ainsi que d'une désorganisation de la pensée et du langage.1 - Les symptômes de la schizophrénie dits « négatifs » :
Moins spectaculaires mais néanmoins ayant un aspect important sur le pronostic fonctionnel ils se traduisent par un isolement social (repli sur soi, perte d'initiative et d'investissement...), un émoussement affectif et un apragmatisme.1 - Les symptômes de désorganisation :
Ils provoquent une conscience de soi partielle ou totalement altérée. Il s'agit d'un processus interne désorganisant l'activité mentale du patient qui s'exprime par des troubles du cours de la pensée (arrêt brusque du discours), des troubles du langage, un déficit de la structure logique de la pensée, des troubles de la communication, une disharmonie du comportement et du mouvement. Des affects, des pensées et des comportements contradictoires peuvent s'exprimer au même moment1.
Les signes de la maladie3
Les signes de la schizophrénie peuvent varier d'une personne à l'autre. Nous en avons listé un certain nombre qui peuvent vous permettre de comprendre ce que vous ressentez ou ce que peut ressentir une personne souffrant de schizophrénie. N'hésitez pas à prendre conseil auprès de votre médecin ou des associations de patients souffrant de schizophrénie et de leur famille.
Une personne atteinte de schizophrénie peut :
- Eprouver des difficultés à établir un contact avec son entourage4
- Etre envahie par des idées et des impressions étranges
- Avoir l'impression d'entendre des voix qui, bien que n'existant pas réellement, font partie de sa réalité (injures, ordres)
- Etre prisonnière de ses hallucinations et de son délire
- Avoir une conscience de soi partiellement, voire totalement altérée
Sur le plan affectif :
- Ne pas ressentir les choses comme avant
- Avoir des réactions émotionnelles étranges et incongrues1
- Ressentir son entourage comme hostile1
Sur le plan social :
- Se replier sur elle-même et se comporter d'une façon bizarre ou imprévisible1
- Rencontrer assez souvent des tensions et problèmes à l'extérieur et à l'intérieur de la famille
- Avoir des troubles du sommeil (veilles prolongées, levers tardifs)1
- Se désintéresser de nombreuses choses : habillement, ménage, toilette, gestion de ses biens1.
Facteurs de risque
Les facteurs de vulnérabilité génétique et environnementale
Les chercheurs ont mis en évidence des facteurs de vulnérabilité génétique et environnementale qui, sur le plan épidémiologique, semblent jouer un rôle important dans le développement de cette pathologie.
Ces deux éléments réunis pourraient en effet, favoriser la survenue de la maladie. Cette hypothèse globale dite de « stress-vulnérabilité » montre que le risque de développer une schizophrénie serait plus important sur un « terrain » montrant une fragilité neuropsychologique d'origine génétique complexe. Les études de génétique ont identifié plusieurs gènes impliqués dans la schizophrénie.3
Le risque de développer la maladie serait de 10% pour les frères et sœurs d'un patient souffrant de schizophrénie, contre 1% de la population générale. Et il serait de 50% pour un enfant dont les deux parents souffrent de la maladie.4
De plus, des facteurs psychosociaux et biologiques peuvent participer au développement de la schizophrénie.
Les facteurs psychosociaux
Ce sont des facteurs de risques non négligeables, classés en deux catégories :
- Les facteurs sociodémographiques sont nombreux et complexes. Etre isolé socialement et économiquement, avoir un nombre très réduit d'expériences professionnelles, être récemment immigré et par conséquent brutalement coupé de sa culture d'origine, peuvent apparaître comme des facteurs favorisant l'éclosion de la maladie mais peuvent également avoir été des conséquences des prodromes de la maladie.
- Les facteurs de communication montrent que le fait de vivre au sein d'une famille exprimant intensément ses émotions pourrait accroître selon certains auteurs le risque de schizophrénie. De même, la survenue d'évènements de vie stressants et un degré trop élevé d'exigences sociales pourraient y participer.
Si les études épidémiologiques ne démontrent pas formellement la responsabilité réelle des facteurs psychosociaux, ces éléments semblent pourtant jouer un rôle effectif dans l'intensité de la maladie et par conséquent dans la qualité de vie du patient.
Les facteurs biologiques
Des agents infectieux, toxiques ou traumatiques ont été évoqués comme à l'origine de troubles schizophréniques, survenant de façon brutale chez l'adulte :
Les agents toxiques : la prise de drogues (amphétamines, cannabis, alcool...)3
L'implication de ces facteurs biologiques pourrait favoriser la survenue de la maladie, mais le lien causal est discuté ; il pourrait s'agir davantage de facteurs révélateurs de la pathologie, chez des sujets prédisposés à développer l'affection.
Les agents traumatiques : quelques pathologies cérébrales reproduisent en partie certains des symptômes typiques de la schizophrénie.
Prise en charge
Les premiers symptômes de la maladie peuvent survenir dès l'adolescence, période clé pour un dépistage précoce. Du fait de la complexité de cette maladie le diagnostic est difficile à poser au tout début.
Les modalités de prise en charge de la schizophrénie ont largement évolué au cours de ces dernières années. Parallèlement à l'apparition de nouveaux traitements antipsychotiques, des techniques psychothérapeutiques codifiées ont été élaborées. Les stratégies actuelles s'appuient sur une approche tridimensionnelle du patient (biologique, psychologique et sociale).3
Les thérapeutiques disponibles :
Elles doivent être adaptées à votre personne et prendre en compte :
- Le stade d'évolution de votre maladie
- Vos symptômes prédominants
- Votre environnement
La chimiothérapie : l'évolution des traitements médicamenteux
L'apparition des antipsychotiques atypiques (ou antipsychotiques de seconde génération) a modifié de façon importante les recommandations professionnelles et les habitudes de prescription. Ces thérapeutiques sont efficaces sur les symptômes les plus aigus tels que les hallucinations, le délire, la désorganisation et l'angoisse et ont moins d'effets secondaires neurologiques que les neuroleptiques classiques.
Prise en charge psychosociale
- Les psychothérapies individuelles ou de groupe : elles permettent de se focaliser sur vos points positifs qui aideront au processus de rémission et sur l'élaboration de stratégies de « rétablissement » pour pallier aux éventuels facteurs négatifs. Elles ont pour but de mieux comprendre vos difficultés psychiques pour mieux les gérer, aide à reconstruire votre vie, à mieux comprendre ce qu'est votre pathologie et à développer des ressources pour affronter l'avenir.
- L'aide de professionnels : se fait à travers la relation de confiance qui s'établie entre vous et votre thérapeute et dont l'objectif est l'amélioration de votre état. Vous pouvez bénéficier de l'aide de ces professionnels, de lieux d'accueil et de soins quel que soit l'endroit où vous habitez. Il existe près de chez vous un lieu de soins et, une équipe prête à répondre à vos questions et à vous recevoir.
- Des activités adaptées à votre état psychologique afin que vous puissiez progressivement retrouver vos compétences et vous réadapter à une vie sociale et professionnelle.
- Sans oublier vos propres ressources, vos initiatives et ce que vous pourrez vous-mêmes mobiliser et pour vous-même : ce n'est pas parce que vous êtes malade que vous ne pouvez rien faire par vous même !
Adresses utiles
Pour en savoir plus sur la schizophrénie, visitez notre site www.schizosedire.com
De même, des associations de patients et de familles de patients peuvent vous aider en étant à votre écoute et en répondant à vos questions. N'hésitez pas à les contacter.
UNAFAM (Union Nationale des Amis et Familles de Malades Psychiques)
12 Villa Compoint
75017 PARIS
Tél. : 01 53 06 30 43
Site internet : www.unafam.org
Email : infos@unafam.org
L'Union Nationale des Amis et Familles de Malades psychiques est reconnue d'utilité publique depuis 1968. L'UNAFAM regroupe plus de 13 000 familles, toutes concernées, avec pour objet de : s'entraider, se former et agir ensemble dans l'intérêt général.
Les adhérents sont répartis dans 97 sections départementales. 1500 bénévoles y travaillent et y assurent ainsi l'entraide et la formation par l'accueil dans les permanences locales, par l'information des familles et l'action dans l'intérêt général par l'orientation vers les lieux de soins ou d'insertion, la représentation des usagers, la participation auprès des instances consultatives chargées de définir la politique de santé mentale, la promotion et le soutien à la création de structures d'accompagnement, la promotion de la recherche.
Service Ecoute Famille
Tél. : 01 42 63 03 03
Email : ecoute-famille@unafam.org
2. Schizophrénie, Association Mondiale de la Schizophrénie et des maladies apparentées.
3. Schizophrénie débutantes : diagnostics et modalités thérapeutiques (23 et 24 janvier 2003, Paris) Information psychiatrique, vol 79 n°7, 605-10, sept 2003, conférence de consensus.
4. Gottesman et al : the epigenetic puzzle, Cambridge Université presse, 1982.






