Définition et symptômes

Définition

Chaque individu est doté d’une humeur qui varie en fonction des événements. L’humeur participe à la palette normale des émotions agréables, neutres ou désagréables. La dépression peut être définie comme un trouble psychologique caractérisé par une baisse durable de l'humeur qui contraste avec l'état et le fonctionnement habituel de la personne. Le plus souvent l’état dépressif s’installe progressivement, en quelques semaines voire quelques mois [1].

La dépression est une maladie fréquente qui touche, deux fois plus de femmes que d'hommes. Chaque année près de 3 millions de personnes souffrent de dépression en France [2]. La dépression est considérée par l’organisation mondiale de la santé (OMS) comme une des maladies les plus invalidantes dans le monde.

Symptômes

Les symptômes d’une dépression sont très variés, il est classique de les rassembler en 3 groupes [1] :

L’humeur dépressive est dominée par la souffrance morale, donc la tristesse.. On parle de douleur morale. Elle s’exprime par une vision pessimiste de soi et du monde. La douleur morale favorise l’anxiété négative et les « idées noires ». L’ensemble de ces émotions négatives participe à la perte progressive de l’intérêt et du plaisir (anhédonie) pour les activités habituelles qui suscitaient un intérêt de la personne. Le quotidien paraît terne, l’intérêt de la vie est remis en question, les contacts avec l’extérieur diminuent. La personne se dévalorise et perçoit l’avenir comme incertain, négatif voire bouché. La perception de l’érosion des relations sociales, le repli sur soi et l’incapacité à agir ou penser normalement est dévalorisante, culpabilisante voire vécue avec un sentiment de honte qui isole davantage la personne déprimée, l’empêchant de demander une aide pourtant indispensable.

Le ralentissement psychomoteur aggrave le sentiment d’insuffisance et d’inaptitude. Le ralentissement psychique se manifeste par des difficultés à organiser ses pensées. La capacité à soutenir une conversation est réduite, la personne déprimée a souvent l’impression de « radoter », de ressasser les mêmes difficultés. La pensée est non seulement émoussée, mais anormalement fatigable. La concentration, l’attention et la mémoire font défaut. La lecture devient difficile. La perte du dynamisme intellectuel peut rapidement avoir des conséquences professionnelles : performance diminuée, difficultés à faire ses tâches, retards…

Le ralentissement physique touche la gestuelle et le langage. Les mouvements et les déplacements sont limités et parfois laborieux. Tout est effort. La fatigue touche l’esprit et le corps. Cette lassitude intense, qui ne cède pas avec le repos, a la particularité d’être plus importante le matin que le soir. La voix devient monocorde soulignant et amplifiant l’aspect d’un visage peu expressif voire figé. La personne déprimée apparaît différente, méconnaissable. Elle souffre de ne plus être elle-même et se sent, en général, coupable d’être dans l’incapacité de faire les choses.

Remarque :Chez certaines personnes souffrant de dépression le ralentissement moteur est remplacé par de l’agitation, notamment lorsque l’anxiété est importante.

Enfin, les perturbations touchent la vie instinctuelle. C’est ce que l’on appelle les signes somatiques de la dépression. Le sommeil est perturbé. L’endormissement est gêné par les préoccupations anxieuses. L’existence d’une insomnie de deuxième partie de nuit, avec réveil précoce sans possibilité de se rendormir est très classique de la dépression.

Remarque : Dans environ 10% des cas, l’insomnie est remplacée par une hypersomnie.

Le manque d’envie est également alimentaire. La nourriture paraît fade, l’appétit diminue cela e. peut entraîner une perte de poids importante. Un fort amaigrissement est un signe de sévérité symptomatique. Dans environ 10% des cas il existe une augmentation de l’appétit pouvant être associé à une prise de poids.

La sexualité est ordinairement précocement perturbée. On parle d’asthénie sexuelle. La libido et le plaisir diminuent. La baisse d’intérêt sexuel peut être source de tensions et d’incompréhension dans le couple.

Au niveau physique, les douleurs sont très fréquentes : dorsales, musculaires ou digestives... Elles confèrent à la dépression une dimension d’inconfort majeur. Dans certaines dépressions, les plaintes physiques sont au premier plan alors que les symptômes émotionnels sont peu importants voire absents. Dans ces formes de dépression principalement douloureuse, la difficulté est de savoir rapporter ces symptômes à l’expression masquée d’une douleur morale dépressive. La dépression peut s’accompagner également de déséquilibres hormonaux, notamment thyroïdiens se traduisant par une frilosité excessive. Les troubles des menstruations et les aménorrhées sont fréquents. Toutefois, ces différents symptômes dépressifs ne sont pas nécessairement tous présents et leur intensité ou sévérité est variable. Néanmoins, chez l’adulte, la tristesse pathologique et/ou le désintérêt (la perte de plaisir) doivent être présents pour que l’on puisse conclure à un épisode dépressif [3]. A ces symptômes fondamentaux, doivent être associés quatre autres parmi les suivants : un sentiment de dévalorisation ou de culpabilité excessive, une diminution de l’aptitude à penser ou à se concentrer, des pensées de mort récurrentes (pas seulement une peur de mourir), un ralentissement psychomoteur (ou une agitation) presque tous les jours, une fatigue ou une perte d’énergie presque tous les jours, une perte ou un gain de poids significatif en l’absence de régime (par exemple, modification du poids corporel en un mois excédant 5 %) et/ou une insomnie (ou hypersomnie) presque tous les jours. Une fois le diagnostic de dépression fait, il est important d’en apprécier l’intensité :

  • Légère : les activités professionnelles, sociales simples, ou les relations avec les autres sont entravées de façon mineure.
  • Modérée : les activités professionnelles, sociales simples, ou les relations avec les autres sont réalisées avec peine et au prix d’efforts.
  • Sévère : les symptômes perturbent nettement les activités professionnelles, les activités sociales courantes ou les relations avec les autres.

Les idées suicidaires sont fréquentes dans l’évolution d’une dépression. Les tentatives de suicide surviennent dans 30% des cas. Qu'il s'agisse d'un acte impulsif (raptus anxieux) ou d’un acte prémédité, 15% des déprimés décèdent par suicide [4].

Compte tenu de la grande variabilité des symptômes, reconnaitre que l’on est déprimé est parfois difficile. Il est important de consulter, au moindre doute, le médecin traitant ou un spécialiste.

Références :

[1]Ferreri F., La Dépression : 100 questions pour comprendre et guérir, Paris, Odile Jacob, 2012.
[2]La dépression chez l’adulte : en savoir plus pour en sortir. INPES, 2007
[3]American Psychiatric Association. DSM-5: Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders, Washington D.C, American Psychiatric Association, 2013.
[4]Goudemand M., Les états dépressifs, Paris, Médecine Sciences Publications, 2010.