Prise en charge

La prise en charge d’une dépression repose sur les traitements médicamenteux, les psychothérapies et l’hygiène de vie.

Les traitements médicamenteux

Les antidépresseurs

A partir du moment où l’intensité de la dépression est modérée à sévère, les traitements antidépresseurs sont recommandés. Les médicaments antidépresseurs sont les traitements de référence. Ils mettent 2 à 4 semaines à agir. En attendant leur pleine efficacité, il est fréquent d’utiliser des anxiolytiques ponctuellement, pour diminuer rapidement l’anxiété et/ou des somnifères en cas de trouble du sommeil invalidant.

Choix des traitements antidépresseurs

Les médicaments antidépresseurs sont répartis en 5 classes [1]. Les imipraminiques sont les antidépresseurs historiques de référence. Les ISRS, IRSNa et les « autres antidépresseurs » sont plus récents. Ils présentent moins de contre-indications et sont généralement mieux tolérés. Ces derniers sont, sauf exception, utilisés en première intention par votre médecin.

  • les inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine (ISRS) : inhibent de façon sélective le recaptage présynaptique de la sérotonine.
  • les inhibiteurs de la recapture de la sérotonine et de la noradrénaline (IRSNa) : inhibent de façon sélective le recaptage présynaptique de la sérotonine et de la noradénaline.
  • les « autres » antidépresseurs (de mécanisme pharmacologique différent).
  • les imipraminiques (tricycliques ou non) : inhibent le recaptage présynaptique des neurotransmetteurs (principalement la sérotonine et la noradrénaline) et diminuent la sensibilité des récepteurs postsynaptiques noradrénergiques (down regulation).
  • les inhibiteurs de la monoamine oxydase (IMAO), irréversibles non sélectifs (agissant sur la MAO-A et la MAO-B) ou sélectifs de la MAO-A : inhibent l’activité enzymatique des monoamines oxydases entraînant une augmentation synaptique des taux de monoamines cérébrales.

Indication des traitements seulement par décision du médecin traitant

  • Pour les épisodes dépressifs caractérisés légers, une psychothérapie est proposée en première intention, en fonction de l’accessibilité de ce type de traitement et des préférences du patient; sinon les antidépresseurs peuvent être proposés.
  • Pour les épisodes dépressifs d’intensité modérée, les antidépresseurs sont proposés en première intention; l’association antidépresseurs-psychothérapie peut être proposée.
  • Pour les épisodes dépressifs caractérisés d’intensité sévère, les antidépresseurs sont indispensables. L’association antidépresseurs-psychothérapie peut être proposée.

Différents temps du traitement médicamenteux

Traitement aigu ou traitement d’attaque

L’objectif principal de cette phase de traitement est d’obtenir une rémission complète, c’est à dire de ne plus ressentir les symptômes de la dépression. Le délai d’action des antidépresseurs est compris entre 2 et 4 semaines quel que soit la classe ou le mode d’administration. Mais l’amélioration de certains symptômes peut être plus précoce (après quelques jours de traitement pour l’anxiété et le sommeil, par exemple). Par conséquent, sauf en cas d’agitation, il est recommandé de ne pas interrompre un traitement antidépresseur en l’absence d’amélioration avant 4 semaines de traitement à posologie efficace. Cette période de traitement dure 8 à 12 semaines selon les recommandations des autorités de santé.
Un avis spécialisé ou une hospitalisation doivent être envisagés en cas de survenue ou de persistance d’idées suicidaires ou de l’existence de caractéristiques psychotiques, c’est à dire où la personne a l’impression d’être menacée, persécutée par son environnement (inconnus, famille, collègues, administration)…

Le traitement de consolidation

L’objectif de la phase de consolidation est de prévenir la rechute de l’épisode.

Il s’agit de poursuivre l’antidépresseur qui a permis d’obtenir la rémission symptomatique complète, à la posologie ayant permis l’obtention de la réponse thérapeutique. Cette période doit être d’au moins 6 mois. Après cette période se pose la question soit d’un arrêt progressif du traitement soit de la poursuite de ce traitement pour prévenir des récidives pour certains patients.

Le traitement prophylactique des récidives ou récurrence

L’objectif est la prévention de récidive. Dans le cas de dépression récurrente, il est souhaitable de poursuivre de façon prolongé (plus d’un an) le traitement antidépresseur pour prévenir la survenue d’un nouvel épisode. Cette prévention est fortement recommandée à partir de la 3ème dépression.

Remarque : Pour les troubles bipolaires, la prévention des rechutes s’effectue grâce à l’utilisation d’un traitement thymorégulateur au long cours et non d’un traitement antidépresseur au long cours.

Les psychothérapies

Elles sont toujours indispensables. Selon les cas et selon le contexte, il peut s'agir d'un soutien dans le cadre de consultation du médecin généraliste ou du psychiatre, mais aussi de psychothérapie plus "cadrée" dont les modalités sont variables. Plusieurs types de psychothérapies sont utiles dans la prise en charge de patients souffrant de dépressions légères à modérées : les psychothérapies cognitivo-comportementales, la psychanalyse et les autres psychothérapies (groupe, soutien, familiale...).

Hygiène de vie

Activité physique

Une activité physique régulière, respectant les limites qu’impose la maladie peut être très bénéfique. En effet, plusieurs études ont montré qu’une activité physique régulière de 20 à 30 min (marche rapide, course, natation, vélo…) permettait, en plus de se distraire, de contribuer à obtenir une rémission des symptômes et limiter le risque de rechute.

Une alimentation équilibrée [2]

Une alimentation équilibrée est importante pour lutter contre les baisses de moral et les risques de rechute. Plusieurs études ont montré qu’un régime trop riche en graisse poly insaturées (présentes dans les fritures, les menus de la restauration rapide et les plats industriels) et en sucres rapides augmentait le risque de dépression. Certains nutriments sont indispensables au cerveau pour bien fonctionner. Le tryptophane, les vitamines B et le magnésium sont nécessaires pour produire les neuromédiateurs (sérotonine). Les graisses omégas 3 et 6 entrent dans la composition des cellules cérébrales.

Références :

[1] Stahl SM., Essential Psychopharmacology (2nd edn). Cambridge, Cambridge University Press. 2000.
[2] Ferreri F., Grison F., Le régime anti-déprime, Paris, Odile Jacob, 2014.