Avant de participer à des essais cliniques

Au-delà des étapes nécessaires au développement d'un médicament, l'obtention d'une autorisation de mise sur le marché repose fondamentalement sur la capacité des équipes médicales à mettre en œuvre les protocoles scientifiques. Ces protocoles sont élaborés en tenant compte des exigences réglementaires de chaque pays où se déroulent les essais cliniques et des standards méthodologiques permettant l'évaluation objective des données recueillies. Quel que soit le lieu où les essais sont menés, chaque patient doit signer un document de consentement éclairé qui atteste de son accord pour recevoir le médicament expérimental.

Les équipes médicales

Les essais cliniques sont réalisés au sein de services hospitaliers ou dans des cabinets de ville. Les médecins conduisant des essais cliniques sont nommés « médecins investigateurs ». Ils sont sélectionnés selon leur spécialité médicale et leur expertise en recherche clinique. Ils sont formés à la réglementation sur les essais cliniques, et pour chaque étude, au protocole et aux procédures spécifiques à réaliser dans le cadre de l'essai clinique. Un essai clinique est habituellement réalisé dans plusieurs centres investigateurs en parallèle. L'un d'entre eux est le centre de l'investigateur-coordinateur. L'investigateur-coordinateur a un rôle d'expert médical et il peut être amené à discuter avec les autorités réglementaires lors de la soumission de l'étude auprès de ces instances.

Le cadre réglementaire des essais cliniques

Préalablement au démarrage d'un essai clinique, un dossier est soumis à des instances réglementaires externes dont les principales sont le Comité de Protection des Personnes (CPP) et de l’Agence Nationale de Sécurité du Médicament et des Produits de Santé (ANSM).
Le CPP est une structure indépendante, composée d'experts médicaux, de représentants de la société civile, et de représentants des patients. En France, il existe plusieurs CPPs répartis sur tout le territoire. Le CPP qui étudie les éléments du protocole et du document de consentement éclairé, se situe dans la région où l'investigateur-coordinateur de l'étude exerce.

Le CPP qui étudie les éléments du protocole et du document de consentement éclairé, se situe dans la région où l'investigateur-coordinateur de l'étude exerce. L'ANSM dépend du ministère de la santé, elle étudie les éléments transmis au CPP, et de plus, des données relatives aux médicaments étudiés qui seront administrés (composition, mode de délivrance et conditions d'administration,...). Les autorités étudient les informations du dossier de l'essai clinique, et rendent un avis, en se basant sur les réglementations en vigueur relatives à la Recherche Biomédicale. Il existe en effet une législation qui établit les principes fondamentaux des essais cliniques, garantissant la sécurité des patients et la qualité de la recherche. La communauté médicale internationale a ainsi adopté les « Bonnes Pratiques Cliniques » comme texte de référence pour mener les essais cliniques.

Le protocole

Un essai clinique se définit avant tout par son protocole. Ce document de référence décrit précisément les objectifs et les modalités de réalisation de la recherche (en particulier : les conditions d'inclusion des patients dans l'essai, la fréquence des visites médicales, les types d'examens à réaliser à chaque visite, le mode d'administration et la posologie du médicament, le type de données à recueillir,...). Un contrôle du respect des procédures de l'étude est effectué par les Attachés de Recherche Clinique (ARC) ou « moniteurs » tout au long de l'essai clinique. La présence de ces représentants du promoteur (c'est-à-dire de l'initiateur de la recherche) est obligatoire pour tout essai clinique, leur mission permettant de garantir que l'essai clinique s'est déroulé conformément aux informations initiales, transmises aux autorités réglementaires ayant autorisé la recherche.

Le consentement éclairé du patient

La participation d'un patient à un essai clinique se fait de manière libre et éclairée. Lorsque le médecin investigateur propose au patient de participer à une recherche biomédicale, il lui décrit et lui explique les éléments de l'étude, notamment les modalités pratiques et les éventuelles contraintes et effets indésirables attendus. Puis il répond à toutes les questions que le patient pourrait se poser avant de décider de participer ou non à cette recherche. L'ensemble de ces informations est indiqué dans un document écrit : le formulaire d'information et de consentement, remis au patient. Le patient dispose d'un délai pour décider de participer ou non à l'essai. Si le patient accepte de participer, lui et le médecin investigateur complètent conjointement le formulaire de consentement éclairé. Il est la preuve écrite que le patient a compris l'essai qui lui est proposé et qu'il accepte librement d'y participer. La signature de ce document est impérative et obligatoire avant la réalisation de toute procédure ou examen relatif à l'essai.

Dans le cadre de certaines recherches biomédicales effectuées chez des patients qui ne sont pas aptes à donner leur consentement (ex : réanimation), la proposition d'inclure un patient dans un essai clinique est effectuée par l'équipe médicale auprès de « la personne de confiance » ou d'un membre de l'entourage proche du patient. Le propre consentement du patient sera demandé dès que celui-ci aura recouvert ses capacités.

Un patient peut à tout moment, décider d'interrompre sa participation à un essai clinique sans avoir à se justifier. Dans ce cas, les procédures de sortie d'étude seront réalisées conformément au protocole, puis le patient continuera d'être pris en charge par le médecin pour recevoir les soins appropriés au traitement de sa maladie.

Quelques principes de « méthodologie des essais cliniques » : randomisation et double-aveugle

La méthodologie d'un essai clinique est définie pour chaque étude à partir de différents éléments : les critères spécifiques à la pathologie étudiée (caractéristiques de la maladie, type de population de patients, modes de prise en charge en vigueur, données relatives au médicament étudié,...) ainsi que les conventions relatives à la méthodologie statistique. En effet, un certain nombre de règles doivent être appliquées pour garantir la fiabilité et la qualité des résultats obtenus après l'analyse statistique des données qui auront été recueillies tout au long de l'étude. En particulier, pour un essai clinique comparatif (comparaison de deux ou plusieurs traitements), il convient que l'attribution de l'un ou l'autre des traitements soit effectuée aléatoirement pour chaque patient. Cette méthode de tirage au sort, autrement appelée « randomisation » permet de garantir l'équivalence des populations entre les groupes avant le démarrage de l'étude. Cette condition est indispensable pour démontrer que les résultats obtenus en fin d'étude sont « significatifs » selon les règles statistiques. Par ailleurs, dans la plupart des cas, un essai clinique comparatif est mené en « double-aveugle » c'est-à-dire que ni le patient, ni le médecin investigateur ne connaissent le traitement administré au patient dans le cadre de l'essai. Cette méthode permet d'éliminer toute subjectivité quant aux effets bénéfiques ou non observés par le médecin ou ressentis et déclarés par le patient. Cette condition est également indispensable à la qualité des résultats obtenus. Quel que soit le groupe de traitement auquel le patient a été affecté, il est important de souligner que l'équipe médicale apportera au patient le même niveau de soin dans le suivi de sa maladie. Par ailleurs, dans certains cas, un Comité Scientifique est constitué pour étudier les données d'efficacité et de tolérance en cours d'étude, indépendamment de l'équipe en charge de l'étude. Ce comité a pour mission d'identifier et d'évaluer tout risque potentiel lié à un niveau d'efficacité insuffisant ou à des problèmes de tolérance, et d'alerter en conséquence. Il peut s'en suivre un arrêt complet de l'essai clinique concerné, voire un arrêt définitif du développement d'un médicament expérimental.

Le médicament expérimental

Le terme « médicament expérimental » est utilisé pour désigner un médicament étudié qui n'a pas encore reçu d'AMM. Cependant, la fabrication d'un médicament expérimental suit les mêmes normes que celles régissant la fabrication des traitements commercialisés. Tout comme les « Bonnes Pratiques Cliniques » définissent les règles pour toute recherche biomédicale, les « Bonnes Pratiques de Fabrication » décrivent les règles de fabrication d'un médicament quel qu'il soit.